Chaque année, le nombre de gays qui découvrent leur séropositivité est inférieur à celui des gays qui s’infectent par le VIH. Cela signifie que le nombre hommes homosexuels vivant avec le VIH et ignorant leur statut virologique tend à augmenter dans le temps. Une dynamique que seul un dépistage plus élargi et fréquent peut infléchir. Décryptage avec Virginie Supervie, épidémiologiste à l’INSERM et à l’Université Pierre et Marie Curie.
Est-ce qu’on a une idée du nombre de gays qui vivent avec le VIH en France et en Ile-de-France ?
Le nombre de personnes vivant avec le VIH en France a été évalué à 150 000 à la fin 2010. Un tiers d’entre elles, c’est-à-dire environ 50 000, ont été infectées via un rapport homosexuel. Ce nombre s’accroît chaque année car de plus en plus de personnes vivant avec le VIH ont accès à des traitements permettant d’allonger l’espérance de vie, mais également parce que de nouvelles personnes sont infectées chaque année.
Il est difficile d’estimer le pourcentage de gays qui vivent avec le VIH car pour cela il faut connaître la taille de la population gay, or cette taille va dépendre du nombre d’hommes qui déclarent une identité ou des pratiques homosexuelles. Par exemple, en France, d’après l’enquête « Contexte de la Sexualité en France », 4,1% des hommes de 18 à 69 ans déclarent avoir déjà eu des pratiques sexuelles avec un partenaire du même sexe, 1,6% des hommes ont eu une relation sexuelle avec une personne du même sexe au cours des douze derniers mois et seulement 1,1% des hommes se définissent comme homosexuels. Si on retient le 1,6%, on estime qu’il y a 330 800 gays en France, dont environ 15% vivent avec le VIH.
Si on regarde de plus près la situation en Ile-de-France, on observe que chaque année prés de 40% des personnes infectées via un rapport homosexuel qui découvrent leur séropositivité sont diagnostiquées dans cette région. On peut donc faire l’hypothèse que 40% des personnes infectées via un rapport homosexuel vivent en Ile-de-France, soit environ 20 000.
Est-ce que l’épidémie chez les gays est très active, avec un nombre important de nouvelles contaminations ?
L’épidémie chez les gays n’est pas contrôlée. Chaque année environ 3 000 personnes sont infectées via un rapport homosexuel autrement dit chaque année 1% des gays sont infectés par le VIH. Ce chiffre ne diminue pas depuis 2003 et a même tendance à augmenter.
La majorité des nouvelles infections sont liées à des personnes qui ignorent qu’elles sont séropositives, car ces dernières ont tendance à avoir des comportements sexuels plus à risque que les personnes qui connaissent leur statut VIH et n’ont pas accès aux traitements qui permettent de réduire considérablement le risque de transmettre le virus.
La Flash test est une opération de dépistage : y a-t-il encore beaucoup de gays qui ne connaissent pas leur statut sérologique ?
On estime que 9 000 personnes infectées via un rapport homosexuel ne connaissent pas leur statut sérologique, ce qui représente 18% des personnes qui ont été infectées via un rapport homosexuel et 3% des gays. Ce chiffre est en augmentation, car chaque année le nombre de personnes infectées via un rapport homosexuel qui découvrent leur séropositivité (environ 2500) est inférieur au nombre de nouvelles infections (environ 3000).
En 2010, 20% des personnes infectées via un rapport homosexuel ont découvert leur statut VIH à un stade très avancé (défenses immunitaires très affaiblies et quantité élevée de virus dans le sang). Or un dépistage et une prise en charge tardifs présentent un double inconvénient puisque la personne infectée ne peut bénéficier d’un traitement qui permet d’améliorer l’état de santé général nté et le risque d’infecter d’autres personnes est plus grand du fait d’une quantité de virus dans le sang élevée.

