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Il est toujours temps de se faire dépister

Publié le Lundi 02.04.2012

Malgré un niveau de dépistage généralement élevé dans la communauté gay, le nombre d’hommes homosexuels qui arrivent aux soins lorsqu’ils sont déjà malades ne faiblit pas. Or, nous explique le Dr. Constance Delaugerre (laboratoire de virologie de l’hôpital Saint-Louis, Paris), les patients pris en charge tardivement ont plus de difficultés à retrouver un bon état de santé général.

 

On voit dans les données de l’Institut national de veille sanitaire que 11% des gays, en France, sont dépistés tardivement. Que pouvez-vous nous en dire, en tant que virologue clinicienne ?
Effectivement cela n’est pas rare et c’est toujours une situation regrettable d’arriver si tard dans le système de soin, surtout en France, où le suivi est pris en charge par la sécurité sociale et de très bonne qualité.
Ces patients arrivent malades, ils sont infectés probablement par le VIH depuis un grand nombre d’années (environ 5 à 10 ans). Le virus a eu le temps de détruire beaucoup de cellules immunitaires. Le diagnostic est fait au cours d’une autre infection dite opportuniste qui révèle un déficit important du système immunitaire.
Cette situation concerne une population d’âge mûre (plus de 40 ans), des personnes bien insérées, avec un emploi et une situation sociale plutôt favorable, vivant dans une grande ville où l’accès au soin est favorable.
Cela ne semble pas une question d’information, mais plutôt un refus du dépistage, une situation de détresse psychologique, d’isolement affectif.

 

Quelles sont les conséquences d’un dépistage tardif ?
Pour la personne : son système immunitaire a eu le temps d’être détruit en profondeur et la reconstruction sera d’autant plus difficile et plus longue que l’on part de plus bas. Il faut bien sûr prendre en charge la maladie qui a conduit à l’hospitalisation et à la découverte de l’infection par le VIH. Mais il faut aussi mettre en place rapidement un traitement qui va empêcher le virus de se répliquer (les antirétroviraux) et de détruire les globules blancs (appelés aussi lymphocytes) qui vont se régénérer en nombre et en qualité.
Pour la communauté : les personnes qui se dépistent quand les premières infections opportunistes se manifestent ont une charge virale très élevée. Cela signifie que le virus est très concentré dans le sang et qu’il se transmet plus facilement lors de relations sexuelles non protégées. La mise sous traitement permet de réduire drastiquement la charge virale, et diminue ainsi considérablement le risque de transmission.

 

Est-il encore utile de se faire dépister, même si tardivement ?
C’est très important car un traitement antirétroviral sera initié très rapidement (entre 2 à 4 semaines), traitement qui va interrompre la course du virus à détruire l’organisme et permettre la restauration du système immunitaire
Un traitement des infections opportunistes sera lui aussi mis en place rapidement et interrompu après le contrôle de ces infections.
Les traitements antirétroviraux sont aujourd’hui très efficaces et beaucoup mieux tolérés, certaines trithérapies (qui combinent trois antirétroviraux) sont contenues dans un seul comprimé. Le contrôle de la réplication virale est obtenu au cours de la première année avec un gain d’environ 100 lymphocytes CD4.
Malgré un tableau clinique et immunologique complexe, on arrive souvent à faire en sorte que les personnes retrouvent un bon état de santé général, même s’il faut plus de temps.